Plusieurs modèles ou conceptualisations économiques du suicide ont été proposées dans la littérature. Ces modèles proposent de comprendre le suicide comme le résultat d'une analyse coûts-bénéfices. Ces coûts et bénéfices peuvent être matériels, émotionnels ou sociaux.

La fiche qui suit décrit des modèles économiques proposés par des auteurs et chercheurs pour expliquer le suicide. Les postulats et modèles reflètent les positions des auteurs seulement et non le point de vue du CRISE ou de ses membres.

Décès par suicide: les modèles économiques

Analyse coûts-bénéfices

(Yeh et Lester, 1987; Yang, 2014)

La décision de se suicider résulte d’une analyse coûts-bénéfices du suicide et des options alternatives réalisée par l’individu.

L’individu aura moins de risques de se suicider :

  • si les coûts associés au suicide augmentent (argent requis pour obtenir le moyen de se suicider, souffrance associée à la préparation et à l’exécution du suicide, punitions après le suicide (par ex. religieuse), etc.) 
  • si les bénéfices diminuent (image publique ternie, impact sur les survivants, autres moyens disponibles pour mettre fin à des souffrances associées à une maladie, etc.) 
  • si les coûts associés à une option alternative diminuent et si les bénéfices associés à une option alternative augmentent

Le suicide est vu comme un acte rationnel. Ainsi, une personne ne se suicidera que si les bénéfices associés au suicide sont plus grands que les coûts et que le rapport coûts-bénéfices des options alternatives. D’autres auteurs ajoutent que le suicide est rationnel, mais n’est pas toujours la solution optimale. En effet, comme il existe toujours des incertitudes par rapport à l’avenir, l'information dont la personne dispose est imparfaite. Il est possible que les bénéfices associés au suicide diminuent dans le futur, qui feraient alors du suicide un choix irrationnel (toujours dans cette perspective économique).

Recherche de l’utilité maximale à l’échelle de son existence

(Hamermesh et Soss, 1974; Yang, 2014) 

La fonction d’utilité d’un individu est déterminée par son revenu permanent (revenu moyen qu’une personne gagnera au cours de sa vie entière), son âge actuel et le goût pour la vie et le dégoût pour le suicide (invariable et constant pour chaque individu). Dans cette perspective, une personne se suicidera lorsque le compte de l’utilité de sa vie s’approche de zéro. Cette conception se base sur deux postulats : 

  • Plus le revenu permanent d’une personne augmente, plus cette personne tirera de satisfaction dans sa vie, puisque cela lui permettra de consommer davantage. 
  • La satisfaction qu’une personne tire de son existence diminue avec l’âge puisque le coût associé à la vie est plus grand.

Le suicide comme investissement en situation d’incertitude

(Yang, 2014 )

Dans cette perspective, le suicide est irrationnel puisqu’il y a toujours une incertitude par rapport à l’avenir. Ceux qui décèdent par suicide projettent le passé sur le futur. Il est toujours plus avantageux d’attendre de voir ce qui arrivera plutôt que de se suicider.

Labor-Force Entrance Analogy, l'analogie de l'entrée dans la force de travail 

(Huang, 1997)

Le suicide est ici compris comme une décision rationnelle, fondée sur les éléments suivants :

  • Maximisation de l’utilité : décider de quitter le marché de la vie serait basée sur une maximisation de l’utilité, comprise comme un produit dérivé de la valeur de la vie au-delà des revenus (amour, santé, reconnaissance, beauté, plaisir, aventure, prestige, respect, sécurité)
  • Travail : mesure de l’étendue des efforts et de la volonté nécessaire pour vivre 
  • Loisirs (repos et relaxation) : permet de soulager la pression et de se reposer de ses responsabilités. Une manifestation ultime du loisir est le repos permanent dans la mort. Cette dimension mesure l’absence d’efforts et de travail nécessaires pour vivre
  • Revenu attendu sur le marché : opportunités perçues ou réelles de gagner un revenu de vie (life income) pour une unité d’efforts fournis (life effort). 

La decision de se suicider selon ce modèle, ou de quitter le marché de la vie, survient si le salaire perçu que l’on peut obtenir dans ce marché tombe sous un niveau que l'on considère acceptable.

Tentatives de suicide: perspectives économiques

Un modèle économique cherche à décrire les tentatives de suicide (Yang, 2014 : 294). La tentative peut être vue comme une façon d’améliorer son utilité future. Il y a des risques et des gains associés à une tentative de suicide (risque de se blesser, avec les coûts matériels associés; mais possibilité d’avoir plus d’attention et des soins). Une personne a plus de chances de poser des gestes suicidaires si les gains espérés sont supérieurs aux risques. 

Stratégies d’intervention associées aux modèles économiques

Si on comprend le suicide dans une perspective économique, l’intervention peut viser à montrer à la personne les coûts et bénéfices réels des options alternatives et lui faire voir l’incertitude de l’avenir, de façon à ce qu’elle dispose de la meilleure information possible avant de prendre sa décision (de façon à ce que sa décision soit vraiment rationnelle).

Référence
Yang, B. (2014). Economic theories of suicide. In J.F. Gunn III & D. Lester (Eds.), Theories of suicide : past, present and future (chap. 16, pp. 289-301). Springfield, IL : Charles C. Thomas.

Pour citer

CRISE (2020, 27 janvier). "Perspectives économiques explicatives du suicide". Prévention du suicide: synthèses de connaissances. https://comprendrelesuicide.uqam.ca/fr/modele/perspectives-economiques-explicatives-du-suicide