Ce modèle propose une intégration théorique des facteurs de risque du suicide qui ont été validés par des études statistiques (ex.: conflits familiaux, troubles de santé mentale, antécédents suicidaires, maladie physique, isolement social, chômage).

Le modèle interpersonnel du suicide puise dans des théories biologiques, cognitives et comportementales et considère les comportements suicidaires comme des pensées, des communications et des comportements découlant de la dynamique interpersonnelle telle que vécue par la personne.

Ce qui suit présente le modèle théorique tel que développé par des auteurs et chercheurs dans le domaine de la théorie du suicide. Il ne représente pas les opinions du CRISE ou de ses membres.

Développer le désir et la capacité de se suicider

Selon ce modèle, une personne se suicide parce qu'elle peut et veut se suicider. Il s'agit de la prémisse à la base du modèle.

Ainsi, le modèle interpersonnel-psychologique du suicide vise à comprendre comment une personne développe le désir (ou "volonté") et la capacité de se suicider.

Dans cette approche, les individus qui décèdent par suicide doivent avoir à la fois un désir de mourir et la capacité à agir pour satisfaire ce désir.

Désir de mourir

Le désir de mourir résulte de deux états psychologiques : le sentiment de non-appartenance et le sentiment d’être un fardeau.

Le sentiment de non-appartenance est un état dynamique cognitif et affectif résultant d'une déception en lien avec le sentiment d'appartenance (sentiment de solitude, d'aliénation) ou d'absence de réciprocité positive dans les relations sociales (abandon, abus dans l'enfance, violence familiale, séjours en prison, sentiment de ne soutenir personne et de n'être soutenu par personne). Le besoin d'appartenance est central dans le développement du désir de se suicider. 

Le sentiment d'être un fardeau est composé de l'impression d'être une charge et de la haine de soi. La croyance est la suivante : « Pour mes proches, la société, les autres, je serai mieux mort que vivant, je vaux plus mort que vivant ». La probabilité de se percevoir comme étant un fardeau, une charge ou un coût pour les autres augmente en présence de facteurs tels que les conflits familiaux, le chômage, ou la maladie physique. On y retrouve la détresse en lien avec des événements de vie et la perception négative que la personne a d’elle-même (faible estime de soi, sentiment de honte, culpabilité, sentiment d’incompétence).

Chacun de ces deux sentiments peut nourrir le désir de mourir. Par contre, le risque de développer le désir de mourir est plus important lorsque la personne vit les deux en même temps. Le désir de se suicider reflète la perte d'espoir de la personne par rapport à sa vie et son avenir. 

Capacité de se suicider

Pour faire une tentative sérieuse, les sentiments de non-appartenance et d'être un fardeau ne sont pas suffisants. Il faut que la personne ait acquis la capacité à se tuer. Selon ce modèle, cette capacité s'acquiert en s'habituant à la douleur et lorsque la peur de mourir et de souffrir diminue.

L’instinct d’auto-préservation est extrêmement fort. Par contre, certaines personnes développent avec le temps la capacité à contrecarrer cet instinct pour pouvoir s’infliger une blessure létale. À force de s’exposer à la douleur (automutilation et gestes suicidaires), la peur de la douleur et de la mort diminue et la capacité à se tuer augmente. Plus les gestes posés engendrent de la douleur, plus la capacité de se suicider est grande. 

Concepts associés au modèle

  • Sentiment d'être un fardeau (Perceived burdensomeness)
  • Sentiment de non-appartenance (thwarted belongingness)
  • Désir de mourir ou désir de suicide
  • Capacité acquise (de se tuer ou de s'infliger des blessures)

Stratégies d’estimation du risque suicidaire associées

Évaluer la présence chez le patient de son sentiment d'être un fardeau, sa perception de non-appartenance et de la capacité acquise de se suicider permet de comprendre son risque suicidaire. Dans cette perspective, une analyse situationnelle de la personne est utile.

Stratégies d'intervention associées

Les cibles d’intervention sont le sentiment d’appartenance, la perception d’être un fardeau et la capacité acquise de se tuer. Enlever ou diminuer l'intensité d'une des trois variables réduira le risque de suicide.

Les auteurs proposent l’utilisation de techniques de psychothérapie interpersonnelle pour augmenter le sentiment d'appartenance et réduire l'impression d'être un fardeau. De plus, la thérapie cognitivo-comportementale peut être utilisée pour réduire les distorsions cognitives menant à un faible sentiment d'appartenance et au sentiment d'être un fardeau (Gunn, 2014: 32).

Populations ciblées 

Toutes.

Validation empirique du modèle

Ce modèle développé sur des bases empiriques et conceptuelles claires a été utilisé de manière répété dans des études de validations soutenues par leurs auteurs. Les différentes composantes et liens conceptuels du modèle ont été vérifiés auprès de groupes variés de personnes présentant un risque suicidaire.

Critiques associées au modèle dans la littérature

  • Il faudrait spécifier les seuils de chacun des trois éléments (sentiment de non-appartenance, sentiment d’être un fardeau et développement de la capacité à s’infliger la mort) et en quoi ces seuils varient en fonction de l’interaction entre les trois éléments (Ribeiro & Joiner, 2011 : 174).
  • Quelles expériences provocatrices et douloureuses permettent d’acquérir une plus grande capacité à s’infliger une blessure létale?
  • Le suicide est un phénomène complexe, peut-il vraiment se réduire à trois variables? (Gunn, 2014: 33).
  • Les liens entre automutilation et conduites suicidaires ne sont pas encore clairement démontrés. Les comportements d’automutilation et les comportements suicidaires sont souvent faits avec des moyens différents. Le lien entre l’habituation à un moyen de se blesser n’est pas nécessairement lié à une habituation générale à la douleur, transférable à d’autres moyens. Par ailleurs, l’insensibilité à la douleur peut précéder les comportements d’automutilation (Hamza, Stewart et Willoughby, 2012).

Références :
Gunn, J.F., III (2014). The interpersonal-psychological theory of suicide. In J.F. Gunn III & D. Lester (Eds.), Theories of suicide: Past, present and future (chap. 3, pp. 23-36). Springfield, IL: Charles C. Thomas.

Hamza, C. A., Stewart, S. L. et Willoughby, T. (2012). Examining the link between nonsuicidal self-injury and suicidal behavior: A review of the literature and an integrated model. Clinical Psychology Review, 32(6), 482-495. 

Peter, F. (2016). Le geste suicidaire : confusion entre évaluation du degré de risque et prédiction du passage à l'acte. Perspectives Psy, 55(2), 88-96. doi : 10.1051/ppsy/2016552088

Ribeiro, J. D., & Joiner, T. E. (2011). Present status and future prospects take up the interpersonal-psychological theory of suicidal behaviour. In R. C. O’Connor, S. Platt, & J. Gordon (Eds.), International handbook of suicide prevention : Research, policy and practice (pp. 169-79). Malden, MA : Wiley-Blackwell.

Vandevoorde, J. (2013). Psychopathologie du suicide. Paris: Dunod.
 

Pour citer

CRISE (2020, 28 janvier). "Modèle interpersonnel psychologique du suicide". Prévention du suicide: synthèses de connaissanceshttps://comprendrelesuicide.uqam.ca/fr/modele/modele-interpersonnel-psychologique-du-suicide

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