Prévalence et facteurs associés aux conduites suicidaires chez les enfants: quel est l’état actuel des connaissances?

 

Prévalence des conduites suicidaires (décès, tentatives, idéations) chez les enfants

Décès par suicide

  • Aux États-Unis, les données épidémiologiques de 2010 indiquent une prévalence du suicide chez les enfants de 5-14 ans à 0,7 pour 100 000 habitants. Cela correspond à environ 378 décès par année.
  • Au Québec, six enfants de moins de 14 ans se sont suicidés en 2011. Les données provisoires rapportent huit suicides pour 2012 et cinq pour 2013.
  • En Europe, il y aurait entre 30 et 40 enfants de 5 à 15 ans qui décèdent par suicide chaque année.

Il est probable que ces données soient des sous-estimations du phénomène puisqu’il peut subsister un doute quant à la cause du décès.

Tentatives de suicide et idées suicidaires

Le nombre d’hospitalisations d’enfants pour tentatives de suicide est en augmentation depuis 2008 aux États-Unis. Des auteurs suggèrent que les tendances sont semblables pour le Canada, mais plus d’études sont nécessaires pour le confirmer et mesurer l’ampleur du phénomène.

  • Au Québec, il y a eu 95 hospitalisations pour tentatives de suicide d’enfants entre 10 à 14 ans en 2011, contre 158 en 2013.
  • Aux États-Unis, annuellement, on estime qu'entre 5% et 8% des enfants et des adolescents feraient une tentative de suicide.

Dans une étude américaine de 2019 qui observe l’évolution, de 2008 à 2015, des consultations aux hôpitaux pédiatriques américains pour des idéations ou tentatives de suicide chez les jeunes de 5 à 17 ans, on rapporte que:

  • 37% des 115 856 consultations concernent des enfants entre 12 et 14 ans (n=42 844) et 12,8% concernent des enfants entre 5 et 11 ans (n=14 852).
  • Les deux-tiers des consultations totales (tous âges confondus) concernent des filles.
  • Des hausses significatives sont observées pour tous les groupes d’âge, bien qu’elles soient plus faibles pour les 5-11 ans (hausse annuelle moyenne de 0,02 points de pourcentage (IC : 95%, 0,01-0,02)) comparés aux 12-14 ans (hausse annuelle moyenne de 0,25 points de pourcentage (IC: 95%, 0,21-0,27)).
  • Lorsqu’on considère l'ensemble des jeunes de 5 à 17 ans, des hausses significatives sont observées tant pour les filles que pour les garçons.

Selon une étude des profils cliniques de jeunes suivis pour dépression, on rapporte que:

  • Les idées suicidaires sont aussi présentes chez les enfants de 6 à 11 ans (71%) que chez les adolescents (72%) et les adolescentes de 12 à 17 ans (85%).

Cependant, selon une étude rétrospective sur six ans, menée dans une urgence pédiatrique de Dublin, les enfants seraient plus souvent hospitalisés pour des idées suicidaires, alors que les adolescents le seraient davantage pour tentative de suicide.

Impact du genre sur les conduites suicidaires des enfants

Les études divergent quant à l’impact du genre sur les conduites suicidaires (incluant idéations, tentatives et décès) des enfants de moins de 12 ans.

D’un côté, certaines études rapporte que chez les enfants, comme pour les autres groupes d’âge, les garçons décèdent plus par suicide que les filles, alors que les idées et les tentatives de suicide seraient plus fréquentes chez les filles. Ainsi, dans une étude française des dossiers médicaux de 48 enfants de 13 ans et moins admis à l’hôpital pour tentative de suicide:

  • On rapporte un ratio garçons/filles de 0,85 pour les tentatives de suicide.
  • Les garçons qui ont fait une tentative de suicide sont significativement plus jeunes (11 ans) et utilisent des moyens plus létaux que les filles.

D’un autre côté, deux études ne rapportent aucune différence entre les garçons et les filles de moins de 12 ans quant aux tentatives de suicide. L’écart apparaitrait à partir de l’adolescence et s’accentuerait avec l’âge.

Impact de l’âge

Selon deux études, les enfants de moins de 11 ans semblent utiliser des moyens plus létaux que les enfants plus âgés.

  • Certaines études rapportent toutefois que le jeune âge agit comme facteur de protection contre les décès par suicide.

Moyens utilisés

Les moyens les plus fréquemment utilisés par les enfants pour se suicider semblent dépendre du contexte social, mais l’intoxication médicamenteuse est fréquemment mentionnée. D’où l’importance de restreindre l’accès aux médicaments vendus avec et sans ordonnance (voir aussi Efficacité des mesures de prévention des conduites suicidaires chez les enfants).

  • Une étude menée à Dublin rapporte que l’intoxication médicamenteuse est le moyen le plus utilisé par les enfants et les adolescents;
  • Un rapport québécois mentionne que 73% des hospitalisations d’enfants entre 10 et 14 ans pour tentative de suicide découlent d’une intoxication médicamenteuse, par analgésiques (42%) ou médicaments psychotropes (21%).

Dans une comparaison entre les comportements suicidaires des enfants et des adolescents, on rapporte que les enfants ont généralement recours à des moyens plus accessibles, comme la pendaison (13%) ou l’étranglement (10%).

Facteurs de risque suicidaire chez les enfants

Les quelques études disponibles mentionnent les facteurs suivants comme étant associés au risque suicidaire des enfants:

  • Troubles de santé mentale: Les données actuelles, bien que partielles, permettent de penser que les troubles de santé mentale sont un facteur de risque de comportements suicidaires chez les enfants.
    • Dans une étude descriptive de 266 jeunes suicidaires, dont 39 enfants de moins de 12 ans, on rapporte que les diagnostics les plus fréquents chez les enfants sont le trouble d’adaptation (38,5%), le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (25,6%) et les troubles des conduites (23,1%).
    • Les taux d’idéations suicidaires et de tentatives de suicide seraient plus élevés chez les enfants hospitalisés en pédopsychiatrie. Une étude rapporte à cet effet qu’entre 25% et 33% des enfants en clinique externe et entre 72% et 79% des enfants hospitalisés avaient des idées suicidaires ou avaient fait une tentative de suicide (contre 12% pour les enfants de six à 12 ans qui ne présentent pas de problème de santé mentale).
  • Antécédents familiaux de dépression: Parmi les jeunes vus à une urgence pédiatrique pour tentative de suicide, les enfants de moins de 12 ans étaient plus susceptibles d’avoir des antécédents familiaux de dépression que les adolescents.
  • Intimidation: Parmi les jeunes vus à une urgence pédiatrique pour tentative de suicide, les enfants de moins de 12 ans étaient aussi plus susceptibles d’avoir été victimes d’intimidation que les adolescents. Une autre étude rapporte par ailleurs une forte association entre la cyber-intimidation et les idées suicidaires chez les enfants de moins de 13 ans (voir aussi Cyber-intimidation et facteurs de risque de suicide)
  • Milieu familial défavorable: un milieu familial non sécurisant et instable pourrait représenter un facteur de risque de suicide chez les enfants. Une étude souligne en particulier que la maltraitance, la négligence et la violence sexuelle subie constituent des facteurs de risque majeurs.
  • Événements de vie difficile: Certains évènements de la vie semblent aussi agir comme facteurs de risque, par exemple le décès d’un proche, les difficultés scolaires ou les conflits avec les pairs.

Comment interpréter ces résultats?

Les résultats présentés ici doivent être interprétés avec précaution puisqu’ils sont basés sur un petit nombre d’études. Des études à plus grande échelle seraient nécessaires pour mieux comprendre les conduites suicidaires (idéations, tentatives et décès) chez les enfants et mesurer l'ampleur du phénomène, notamment au Canada.

Par ailleurs, la plupart des études disponibles ont été menées auprès de personnes qui ont eu recours à des services de santé ou des services sociaux. Il est donc probable que les résultats ne représentent qu’une partie du phénomène et les résultats pourraient être différents pour ce qui est des enfants qui ne consultent pas pour des idées suicidaires ou en cas de tentative de suicide ne causant pas de blessure.

D’où proviennent ces données?

Les informations présentées dans cette page sont tirées d’une revue exploratoire et d’une revue systématique de la littérature sur le suicide chez les enfants. Les résultats d'une étude récente ont également été incluses par souci de présenter des données les plus à jour possible.

La revue exploratoire (scoping review) publiée par Maltais, Genest et Larue (2019) fait un état des connaissances actuelles sur le risque suicidaire des enfants de moins de 12 ans. Au total, 13 études et un rapport ont été inclus, en lien avec les idées suicidaires, les tentatives de suicide et les décès par suicide des enfants.

La revue systématique, publiée par Soole, Kolves et De Leo (2015), concerne les décès par suicide chez les enfants de 14 ans et moins. Elle exclut donc tout comportement suicidaire non fatal, comme les idéations et les tentatives.

L'étude de Plemmons et al. (2019) présente une analyse rétrospective des données de la base de données du Pediatric Health Information System aux États-Unis concernant l'ensemble des consultations de jeunes entre 5 et 17 ans à tout hôpital pédiatrique américain entre 2008 et 2015 pour tentative de suicide ou idées suicidaires.

Pour citer

CRISE (2020, 6 août). "Idées et comportements suicidaires chez les enfants". Prévention du suicide: synthèses de connaissances. https://comprendrelesuicide.uqam.ca/fr/connaissance/idees-comportements…

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