Vivre des événements difficiles ou stressants à l’adolescence augmente-t-il le risque de comportements suicidaires chez les jeunes?

Les événements difficiles ou stressants incluent les expériences associées à l’adversité, par exemple: la pauvreté, le divorce des parents ou le décès d’un proche. Ces événements se distinguent des événements traumatiques et des troubles de stress post-traumatiques, qui sont traités à part.

Une recension explore l’impact des événements difficiles sur les comportements suicidaires chez les jeunes de 10 à 25 ans. Une majorité d’études trouvent une association significative entre les facteurs suivants et les comportements suicidaires chez les jeunes:

  • Nombre d’événements vécus
  • Type d’événements
  • Moment où ils surviennent

Nombre d’expériences difficiles vécues: un facteur de risque de comportements suicidaires

Les jeunes qui ont fait une tentative de suicide semblent plus susceptibles d’avoir vécu des événements de vie stressants comparés aux jeunes qui ont des idéations suicidaires seulement. De plus, le nombre d’événements difficiles vécus semble associé au type de comportements suicidaires. Par exemple, les jeunes qui ont fait une tentative de suicide sont significativement plus susceptibles d’avoir vécu des expériences difficiles que les jeunes qui ont des idéations suicidaires seulement. Ainsi, une étude portant sur 1362 adolescents chinois trouve que les jeunes qui ont fait une tentative de suicide sont ceux qui ont vécu le plus d’événements difficiles, suivis par les jeunes ayant seulement des idéations suicidaires, et enfin, les adolescents non suicidaires. Par contre, la présence de problèmes d’intériorisation (par exemple, somatisation) ou d’extériorisation (par exemple, agressivité) semble expliquer en grande partie cette association.

Le lien entre le nombre d’événements difficiles et les comportements suicidaires des jeunes a aussi été confirmé dans des études cliniques. Par exemple, une étude portant sur des filles en milieu hospitalier montre que celles qui avaient vécu plus d’événements difficiles au début de l’étude avaient un risque plus élevé (42% par rapport à 21%) d’avoir des comportements suicidaires dans les 34 semaines suivant leur congé de l’hôpital. Une autre étude comparant des adolescents ayant fait une tentative de suicide avec un groupe contrôle d’adolescents en bonne santé rapporte que les jeunes suicidaires ont vécu significativement plus d’événements stressants dans l’année précédant leur tentative de suicide par rapport aux jeunes du groupe-contrôle.

Enfin, une étude longitudinale sur deux ans montre que les expériences difficiles (problèmes financiers, mort d’un parent ou d’un ami proche, divorce des parents,…) augmentent le risque de faire un plan de suicide.

L’importance du moment: expériences difficiles dans l’enfance et à l’adolescence

Il semble que les expériences difficiles vécues dans l’enfance augmentent plus le risque d’avoir des comportements suicidaires que ceux vécus à partir de l’adolescence. Ainsi, dans une étude longitudinale, les jeunes qui ont subi des abus ou vécu de la maltraitance dès l’enfance avaient le plus d’impacts négatifs, comparés aux autres jeunes ayant vécu des abus. Ceux qui ont été exposés à l’abus physique ou sexuel durant la petite enfance avaient un risque 146% plus élevé d’avoir des idéations suicidaires que ceux qui ont été maltraités à partir de l’adolescence.

Dans le même sens, vivre le décès d’un parent à un jeune âge, surtout lorsqu’il s’agit d’un suicide, semble avoir un impact particulièrement important sur les jeunes. Une étude citée dans la recension rapporte que les jeunes ayant perdu un parent par suicide à un jeune âge étaient trois fois plus à risque de décéder par suicide que les jeunes n’ayant pas vécu le décès d’un parent. Ils étaient aussi plus à risque que ceux ayant perdu un parent au début de l’âge adulte.

Le fait de vivre de l’adversité dans l’enfance semble cependant diminuer l’impact des événements difficiles à l’adolescence. Ainsi, une étude rapporte que chez les adolescents qui ont vécu moins d’adversité dans l’enfance, les événements difficiles vécus à l’adolescence augmentent davantage le risque d’avoir des idéations suicidaires (comparés aux adolescents qui ont vécu plus d’adversité dans l’enfance).

Un impact différent selon le type d’événement stressant

Une étude trouve une association forte entre la violence subie et les tentatives de suicide (OR: 3,85), mais seulement lorsque le jeune en a été lui-même victime et non témoin.

Négligence ou abus affectif

Dans des échantillons cliniques, le fait de vivre de la négligence ou de l’abus affectif augmente le risque de faire une tentative de suicide. La négligence affective semble plus fortement associée aux idéations suicidaires que la négligence ou l’abus physique. Dans une étude longitudinale sur deux ans, le manque de compassion à l’égard de soi, qui est associée à la négligence et l’abus affectifs, était associée à la détresse psychologique et les comportements suicidaires.

Événements liés au milieu familial

Une étude longitudinale portant sur 659 familles rapporte que la séparation ou le divorce des parents augmente le risque de faire une tentative de suicide ultérieurement (OR: 1,20).

Les études transversales recensées trouvent aussi que les facteurs suivants augmentent le risque de comportements suicidaires des jeunes:

  • Un environnement familial peu favorable (OR: 3,6)
  • La faible surveillance parentale (OR: 5,0)
  • Un historique familial de problèmes psychiatriques (OR: 2,0)
  • Les conflits parentaux seraient liés aux idéations suicidaires (OR: 1,94) et aux tentatives de suicide (OR: 2,67)

Événements liés à l’école

Plusieurs études trouvent que des expériences difficiles vécues à l’école augmentent le risque de comportements suicidaires. Par exemple, une étude rapporte que la victimisation directe et surtout, la victimisation relationnelle à l’école augmente le risque d’idéations suicidaires chez les jeunes (voir aussi Cyber-intimidation et facteurs de risque de suicide). Une autre étude rapporte qu’une école où il y a plus de violence augmente le risque de tentative de suicide (OR: 3,53).

Une autre étude examine l’impact de différents problèmes scolaires sur les comportements suicidaires. Parmi les problèmes et expériences difficiles étudiés:

  • L’insatisfaction à l’égard de l’école est le facteur augmentant le plus le risque d’idées suicidaires (OR : 2,34), suivi des attentes parentales très élevées (OR: 1,99) et d’un changement d’école (incluant la suspension) (OR: 1,98).
    • Or, lorsqu’on tient compte de tous les événements difficiles vécus, des expériences à l’école et de variables sociodémographiques, l’association demeure seulement pour l’insatisfaction par rapport à l’école (OR: 1,87) et les attentes parentales très élevées (OR: 1,51).
  • Le risque de tentative de suicide était augmenté par l’échec à un examen (OR: 2,93), le fait de ressentir de la pression de performance (OR: 3,23) et le changement d’école (incluant la suspension) (OR: 3,16). Par contre, aucun de ces facteurs n’est associé lorsqu’on tient compte de l’ensemble des variables (expériences de vie, expériences à l’école, variables sociodémographiques).

Comment interpréter ces résultats?

Les données présentées ici doivent être considérées avec précaution. Tout d’abord, les études citées dans la recension incluent des événements de vie très divers et tentent de valider différents résultats, si bien que les auteurs de la recension n’ont pas été en mesure de faire une méta-analyse.

De plus, les études comportent certaines limites statistiques ou méthodologiques. Par exemple, les échantillons de plusieurs études sont de petite taille et comprennent de petits nombres de jeunes ayant des idéations suicidaires ou ayant fait une tentative de suicide, si bien que l’efficacité statistique des analyses n’est pas toujours très élevée. Les groupes sont parfois hétérogènes et n’incluent pas toujours un groupe contrôle. Certaines études distinguent idéations et tentatives de suicide, alors que d’autres ne font pas cette distinction. Enfin, la majorité des études sont rétrospectives; les résultats peuvent donc être faussés par présence d’un biais de rappel.

D’où proviennent ces données?

Les informations présentées dans cette page sont tirées d’une recension publiée par Serafini et al. (2015) explorant l’impact des événements difficiles (selon le type et le nombre) sur les comportements suicidaires chez les jeunes de 10 à 25 ans.

Pour citer

CRISE (2020, 12 juin). "Événements difficiles et facteurs de risque de suicide". Prévention du suicide: synthèses de connaissances. https://comprendrelesuicide.uqam.ca/fr/connaissance/evenements-difficiles-facteurs-de-risque-de-suicide

Contenus connexes

Quel est l’impact de la cyber-intimidation sur le risque suicidaire? L’intimidation réfère à des…
Quel est le lien entre l’automutilation et le risque suicidaire chez les jeunes? L’automutilation…
Quel est l’impact d’un trouble de santé mentale sur le risque suicidaire des jeunes? La présence d’…